L’aventure des couleurs avec les pigments

Lubéron

Mon intérêt pour les couleurs ne peut faire abstraction des pigments et de cette alliance chimie et art. Mes premiers pigments, sous forme de poudre, m’ont été offerts.

Pigments

Je n’avais alors que des peintures en tubes (aquarelle, gouache, acrylique), en godets (aquarelle) en pots (a fresco, à essuyer, glacis, ferro à effets métallisés et beaucoup d’autres peintures spéciales), des bâtons pastels,  de nombreux crayons de couleur (aquarelle, pastel, sépia, sanguine etc…), des encres, des bombes de peinture; tout cela collecté au fil des années. Puis j’ai reçu d’autres pigments, que des bleus, connaissant mon attirance pour le bleu. 

Pigments

Pigments

 

 

Pigments

 

 

Je me suis  intéressée à ces pigments et  au moyen de les utiliser. J’ai découvert alors un nouvel univers infini, très riche en teintes et nuances. J’ai choisi de nouveaux pigments.

 

Puis un voyage dans le Lubéron, terre d’ocres, m’a fascinée par la richesse de ses couleurs. C’est ce qui a motivé mes recherches sur l’histoire des pigments.

 

Lubéron

D’abord il faut les définir, en biologie et en peinture. Pour résumer, en biologie ils désignent une substance colorée produite par un être vivant (humain, animal, végétal). Les principaux pigments du corps humain sont l’hémoglobine du sang (rouge), la mélanine de la peau, les pigments biliaires et la rhodopsine (pourpre rétinien, pigment photosensible des bâtonnets de la rétine). Le carotène et la chlorophylle sont des  pigments du monde végétal. La pigmentation a un rôle dans l’éthologie (étude du comportement des espèces animales). C’est aussi un signe de reconnaissance (entre individus d’une même espèce ou différente) ou de protection (contre des prédateurs par exemple), mais aussi de repérage dans le monde végétal (pour la pollinisation).

Pigments

Mais je  préfère m’intéresser aux pigments-peintures (sous forme de poudre). L’homme peint depuis la préhistoire, comme en témoignent des peintures retrouvées dans des grottes. Au départ il utilisait des pigments naturels d’origine minérale, végétale ou animale. A partir du XVIIIème siècle et surtout au XIXème siècle,  beaucoup de pigments synthétiques (obtenus par synthèse chimique) ont reproduits des pigments naturels. Ils ont apporté une grande diversité de couleurs pour la palette des peintres et à un coût moins élevé que pour des pigments naturels.

Les pigments d’origine minérale sont issus :

Ocres

 

-de terres colorées (ocres jaunes orangés ou rouges, bauxite, terres de Sienne et d’Ombre, terres vertes…),

 

 

Lapis-lazuli - lazurite

-de roches, de pierres semi-précieuses: à l’origine de pigments bleus le lapis-lazuli (qui donne le bleu outremer) et l’azurite,  de pigment vert la malachite,

 

 

 

Orpiment - Source Wikipédia

 

L’orpiment, sulfure d’arsenic, jaune a été très utilisé dans l’antiquité, peu utilisé au Moyen Âge en dehors des miniatures dans les manuscrits où il pouvait remplacer l’or; le cinabre  minerai de mercure rouge, donne le rouge vermillon, utilisé dès l’antiquité, important dans l’empire byzantin, il a même eu une utilisation thérapeutique dénoncée par Pline qui le considérait comme un poison, voire  il a été  sensé mener à l’immortalité chez les chinois. Le rouge pompéien qui décorait les murs des villas de Pompéi était tiré aussi du cinabre.

Cinabre - Source Wikipédia

 

-d’oxydes (de fer et de cuivre),

-et aussi d’ardoise, gypse, calcite….

 

Les pigments d’origine animale sont moins fréquents, rouges issus d’insectes comme la cochenille de Nopal (rouge carmin) ou le kermès (parasite des chênes, rouge écarlate retrouvé dans des soieries médiévales avec des fils d’or); le pourpre venant d’un mollusque le murex couleur très recherchée par les Romains (pourpre de Tyr en Phénicie), symbole de pouvoir au temps de Néron; le sépia issu de l’encre de sèche.

Dans les pigments d’origine végétale on retrouve: le colorant rouge vif de la garance (venant de la racine de la plante rubia tinctorum); le jaune du genêt; le bleu pastel (tiré de la plante isatis tinctoria ou guède), déconsidéré pendant la période romaine, c’était la couleur barbare dont les Bretons et les Celtes se peignaient le corps pour paraître redoutables au combat, puis le bleu a été adopté par les puissants au XIIème siècle et la Chrétienté, mais le pastel a été détrôné ensuite par  l’indigo (produit par l’indigotier originaire d’Inde).

Grotte de Lascaux - source Wikipédia

Les hommes préhistoriques utilisaient des terres d’ocres, argiles rouges et jaunes, oxyde de fer (hématite), craie mais aussi des pigments organiques comme le noir d’os calcinés ou de charbon de bois.

Les Égyptiens puis les Phéniciens et les Grecs commencèrent à broyer des pierres dures. Les Égyptiens utilisaient 7 types de pigments: blanc (gypse, sulfate de calcium) , noir (d’origine végétale ou animale), jaune, rouge, brun (issus de terres naturelles ou brûlées), vert (extrait de la malachite  carbonate de cuivre), bleu (silicate de cuivre). Deux couleurs, le bleu et le vert, dominent l’Art égyptien. Le bleu du lapis-lazuli et le bleu égyptien (mélange de composés calcaires, siliceux et cuivreux) qui serait le premier colorant synthétique fabriqué par l’homme. Puis les Grecs et les Romains ajoutèrent 2 pigments: blanc de céruse, et dérivés du plomb: le minium (rouge vermillon) et le massicot (jaune). Ils utilisaient aussi le vert-de gris et la terre verte.

 

Au Moyen-Âge ce sont les mêmes pigments utilisés, stables à base de terres et instables à base de plomb (minium, cinabre) ou de soufre et d’arsenic (orpiment). Les peintres utilisaient beaucoup de pigments minéraux, le bleu provient du broyage du lapis-lazuli. Ils possédaient un grand choix de pigments pour les fresques, peintures sur bois, manuscrits, enluminures…  Les icônes furent embellies avec des feuilles d’or.

A partir du XVIIIème siècle de nouveaux pigments sont inventés. C’est surtout au  XIXème siècle que l’essor de la chimie va entraîner la création de très nombreux pigments  et de pigments organiques de synthèse (composé du carbone). On trouve 3 grandes familles de pigments: minéraux, organiques et synthétiques.  Il existe aussi des pigments fluorescents qui apparaissent lumineux à la lumière du jour pour attirer le regard dans certaines parties du tableau. Actuellement la plupart des couleurs utilisées en peinture sont d’origine chimique.

A la différence du colorant, le pigment n’est pas soluble dans le milieu où il est dispersé. Les pigments sont utilisés mélangés à un liant (eau ou huile) auquel on peut ajouter d’autres substances: résines (peintures acryliques), gomme arabique (aquarelle, gouache), colle, œuf (utilisé pour la peinture antique la tempera), cire (pour certains pastels)… Je termine par l’Art du vitrail qui est un vaste champ d’étude et qui utilise des pigments,  oxydes métalliques calcinés.

La Baule

 

Chaque pigment et chaque couleur ont leur histoire, c’est un vaste sujet passionnant pour qui s’y intéresse. Ils allient l’art (la peinture) et les sciences. C’est ainsi que leur compréhension nécessite différentes sciences: physique, chimie et physiologie, mais ils se révèlent aussi dans d’autres domaines comme la sociologie, la philosophie et la psychologie.

Panneau de porte

 

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