« Le dormeur du val »

Arthur Rimbaud

J’ai habité autrefois  à Charleville-Mézières où est né Arthur Rimbaud, célèbre pour son génie précoce (il a écrit ses premiers poèmes à l’âge de 15 ans), mais il a renoncé à l’écriture à 20 ans et il a quitté la vie prématurément à 37 ans. Il a vécu une vie aventureuse faite de fugues, de rencontres, de voyages et d’épreuves. Une légende est née.  Ses poésies comme « Bateau ivre », « Voyelles » et « Le dormeur de val »  font partie de notre « patrimoine littéraire classique ».

Je voudrais m’attarder sur « Le dormeur du val », écrit lors d’une fugue, à l’âge de 16 ans,   dénonçant l’horreur de la guerre (franco-prussienne alors). Ce poème est d’une grande sobriété, tout en retenue, avec au départ le décor  lumineux d’une nature vivante, personnifiée, apaisante, colorée et protectrice. Arthur Rimbaud joue avec les mots et les symboles, nous entraîne sur une « fausse piste » pour  terminer,  dans le dernier vers, sans violence, sur un retour à la triste réalité, avec ce jeune soldat non pas endormi mais mort au combat. C’est la dénonciation de l’absurdité de la guerre. Cela reste tellement d’actualité.!!!

Le Dormeur du Val est souvent illustré par le tableau de Gustave Courbet  de « L’homme blessé »  (Musée d’Orsay).

G.Courbet-L'homme blessé-Wikimédia

C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

J’ai cherché parmi nos photos  de voyages celles qui auraient pu m’inspirer pour dessiner et peindre le Dormeur du Val.

Guernesey

 

 

J’ai choisi pour terminer cet article, une photo apaisante capturée en Écosse d’un homme assoupi auprès d’une rivière.

Ecosse

 

Je voulais faire partager ce poème à ces familles victimes de violence, d’attentats ou marquées par la guerre.

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